Réponse anticipée de Kateb Yacine à Zemmour_ Non Madame, les Arabes ne mangent pas de cochon !

Réponse anticipée de Kateb Yacine à Zemmour_ Non Madame, les Arabes ne mangent pas de cochon !

Dans un tramway, en 1950, l’Européenne de Bab-El-Oued, avec son lourd couffin. A ses mains, à ses rides, à la façon dont elle tient son bébé, à son effarement encore souriant, on voit que cette jeune femme a déjà plusieurs enfants, qu’elle travaille dur, mais n’ignore pas la joie. On lui accorde immédiatement un préjugé de sympathie. Quant à son voisin, c’est l’arabo-berbère passé par un heureux hasard sur le banc d’une école. Gravement moustachu, vêtu d’un bleu de chauffe, il dévore son journal. Et tous deux coexistent au soleil des grands jours, un soleil justicier. On dirait d’eux, à première vue, qu’ils sont l’incarnation d’une Algérie paisible et fraternelle, celle de l’avenir.

Mais le bébé n’est pas content. Il crie, il se démène, et sa mère le gronde en souriant :

–        Tais-toi, ou bien l’Arabe va te manger.

Et son voisin de répondre :

–        Non Madame, les Arabes ne mangent pas de cochon !

Il a suffi de quelques mots pour que le vieux tramway de l’Algérie française roule vers la catastrophe. Les visages se ferment. Le mythe de la race réclame sa pâture. Nourri dans l’inconscient, il est d’autant plus fort qu’insaisissable. Tout prétexte lui est bon : un cri d’enfant, une plaisanterie, un rien. Le racisme, en définitive, c’est ce rien aberrant, ce néant qui nous fait la guerre.

Une scène de racisme ordinaire, qui se déroule à Alger, racontée avec humour par l’écrivain Kateb Yacine (1929-1989)

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